1) Les mots pour le dire
2) La bande : rituels, organisations, territoires
3) Écritures et lectures du phénomène "Blousons noirs"
4) Musique, images, gazoline : la culture jeune
5) Les bandes de jeunes : des Apaches à la Racaille
Blousons noirs : 4) Musique, images, gazoline : la culture jeune
Le phénomène Blousons noirs apparaît parallèlement à la naissance dune culture jeune qui nous vient en partie des pays anglo-saxons.
Cest dabord le cinéma. Léquipée sauvage avec Marlon Brando mêle blouson noir, moto, jeunesse et violence. James Dean dans la Fureur de vivre incarne une jeunesse sensible et rebelle
En 1958 et 1959, la nouvelle vague déferle sur le cinéma français avec entre autres deux films cultes : les Tricheurs de Marcel Carné et les 400 coups de Truffaut
La musique participe fortement à cette construction identitaire de la jeunesse. Avec Rock-and-roll the clock de Bill Haley apparaît une nouvelle musique, « fusion entre langoisse adolescente et la musique des Noirs des États-Unis »
Ce premier rock sera au générique du film de Richard Brooks Graine de violence, mélodrame urbain qui conte les démêlés dun professeur avec une bande de délinquants juvéniles. En France, les saphirs des Teppaz et juke-box vibrent sur les microsillons des vinyles au rythme des groupes de rock : les Chats sauvages, les Pirates, les Champions, les Pénitents, les Chaussettes noires, les Vautours de Créteil
et des nouvelles idoles : Elvis Presley, Vince Taylor, Dany Logan, Johnny Halliday, Dick Rivers, Eddy Mitchell
Diffusée par les transistors (leur nombre passe de 260.000 en 1958 à 2.215.000 en 1961), cette musique électrifiée attire des masses importantes de jeunes vers les concerts.
On sy rend sur sa mobylette bleue ou en voiture avec les copains et cela dégénère parfois
comme en novembre 1961, au Palais des sports de Paris. Quand Vince Taylor est apparu, ce fut le délire. Un reporter dEurope-1 commente lévénement : « Avec les Chats sauvages, lhystérie collective reprend ; les agents viennent de charger sur les côtés. Cest la débandade la plus complète
Une lance à incendie est braquée par un jeune Blouson noir qui arrose les caméras et la foule
»
Ce phénomène culturel, voire générationnel, dérange : on peut lire au mois daoût 1959 dans le Figaro : «
La lecture de comics
le goût du cinéma, de la télévision qui engendre la passivité, tout pousse le jeune vers le climat de la bande
» et entendre au micro dEurope-1, lors dun interview de Johnny Halliday par Pierre Bouteiller en 1961 : « Que pensez vous de votre public, lorsque lui aussi se roule par terre, quand il se bat dans la salle
Cela ne vous inquiète pas de savoir que la plupart des Blousons noirs arrêtés pour vol ou agression à main armée se recrutent dans votre public ? » et la réponse du chanteur : « Vous savez, jai un public douvriers, un public populaire. La plupart porte des blousons, et ce ne sont pas des voyous pour autant
»
1959, naissance du phénomène Blousons noirs et dAstérix le Gaulois
Cest un peu comix ! Non ?