1) Les mots pour le dire
2) La bande : rituels, organisations, territoires
3) Écritures et lectures du phénomène "Blousons noirs"
4) Musique, images, gazoline : la culture jeune
5) Les bandes de jeunes : des Apaches à la Racaille
Blousons noirs : 3) Écritures et lectures du phénomène
1959 : le chiffre de la délinquance juvénile remonte depuis 1954, il commence à inquiéter les pouvoirs publics qui se préoccupent de plus en plus des problèmes de prévention, un secrétariat général à la jeunesse est créé, il deviendra rapidement un ministère.
Cette augmentation de la délinquance juvénile qui est de lordre de 40 % depuis 1954 nest pas sans lien avec les prémices du baby boom de la période de la fin de la guerre. Le nombre des jeunes augmente, cest lobjet du travail important du démographe Albert Sauvy publié en 1958 et largement évoqué dans la presse.
Si cette hausse de la délinquance juvénile est importante, elle est nettement plus modérée pour la délinquance en bandes, aux alentours de 10 %. Les événements du square Saint-Lambert et de Bandol de fin juillet 1959, très largement médiatisés par la presse, ne semblent pas sinscrire dans un contexte de crainte à légard des bandes de jeunes.
Lévocation des « tricheurs », en référence au film de Marcel Carné, sorti il y a quelques mois et toujours à laffiche sur les Champs-Élysées en juillet 1959, stigmatise plutôt une jeunesse aisée qui ne se réfère pas à larchétype de la bande.
Quelques articles et ouvrages sur les groupes de jeunes délinquants ont été publiés dans les années 1957-1958, mais on les qualifie souvent de « gangs » en référence à des phénomènes de bandes nord américaines popularisés par le cinéma et quelques vedettes médiatiques : Marlon Brando, James Dean.
Il semble bien que ce soit la presse qui, à partir du square Saint-Lambert et de Bandol, crée le mythe du Blouson noir et de la bande jeune. On peut se demander si, par ses articles quotidiens, elle na pas fortement induit le développement du modèle, aidée en cela par le cinéma.
Les articles se multiplient dans la presse, oscillant entre le fait divers et une approche des causes dun phénomène plus ou moins artificiel. Les titres de plus en plus inquiétants et vendeurs ne correspondent pas à la tonalité des rapports de police beaucoup plus nuancés sur les incidents de fin juillet 1959.
Une société qui change ? La peur de la jeunesse ? On parle de la « crise de la jeunesse », de la « déconcertante jeunesse ». Le phénomène médiatique samplifie ; on crée un mythe du Blouson noir, de sa dangerosité. Mais en même temps on lui donne une identité de plus en plus confuse, jusquà recouvrir par le terme blousons noirs une délinquance qui na plus rien à voir ni avec la jeunesse ni avec les bandes. Peut-on parler de la création par la presse dun climat dinsécurité qui tendrait à masquer les graves problèmes liés à lAlgérie ?
Lenflure médiatique qui se poursuit pendant près de trois ans aura comme effet de faire disparaître le Blouson noir, de le dissoudre dans un phénomène de délinquance banalisée.
En 1962, le terme blouson noir aura vécu.