1) Les mots pour le dire
2) La bande : rituels, organisations, territoires
3) Écritures et lectures du phénomène "Blousons noirs"
4) Musique, images, gazoline : la culture jeune
5) Les bandes de jeunes : des Apaches à la Racaille
Blousons noirs : 2) La bande : rituels, organisations, territoires
Gang des Tricheurs
gang des Blousons noirs
bande de Blousons noirs, un changement dappellation qui se réalise progressivement en France, à partir de 1959, pour désigner un groupe de Blousons noirs.
À la rubrique sociologie, un grand dictionnaire encyclopédique définit ainsi le mot bande : « Un groupe de jeunes se fréquentant régulièrement et entretenant des liens étroits sous la conduite dun leader et versant parfois dans la délinquance. »
La bande est organisée selon larchétype classique calqué sur la structure du gang : cest un chef, ses lieutenants et légérie qui est respectée et souvent conseillère secrète du leader.
Ce dernier peut être une femme : cétait le cas pour la bande à Berthe
Paris-Match titrait en parlant de ces jeunes filles : « Elles sont souvent chefs de bande. Débraillées, sales, hirsutes
la fan 1961 ne rêve pas, elle casse. »
La place des femmes dans la bande cest aussi la fille « dite facile » quon brusque « un peu » pour obtenir ses faveurs. On reprochera en effet de nombreux viols collectifs aux Blousons noirs.
Des rituels existent dans ce microcosme. Ils nous renvoient aux rites de passage de ladolescence, telles les épreuves du courage où lon risque sa vie, de la Fureur de vivre de Nicholas Ray et des Jeunes voyous dAuguste Le Breton
Ou, plus prosaïquement, façon Paris-Match 1959 : « Pour entrer dans la bande, pour échanger la blouse et les galoches de lécolier contre luniforme (de Blouson noir), il faut faire ses preuves :
« Tiens petit. Va renverser les tomates de lépicier
Maintenant, monte sur la passerelle et crache sur les passants, sans te sauver
Voilà une trique. Ce soir tu nous accompagnes chez les Saint -Lambert ».
Cest donc à coups de triques et de chaînes de vélo quon va défendre son territoire et saffronter entre bandes. Pour se déplacer à ces bastons cest la tire ou la mob quon emprunte
cest parfois laccident
On va aussi au bal, à la fête foraine, au cinéma, aux concerts de rock où lon renverse les sièges et on casse
On attribue en effet aux Blousons noirs des actes de vandalisme en grand nombre.
Pour se distinguer, il y a les surnoms, les noms de guerre : Point-bleu, Moustache, le Casseur, Face-plate, Anquetil, la Poupée
Et des signes de reconnaissance : la tête de mort, le trèfle à quatre feuilles et autres insignes
De 1959 à 1962, ces bandes de Blousons noirs ont été diabolisées par une grande partie des médias.
Elles nétaient en fait quune microsociété, refuge pour une partie de la jeunesse en mal de vivre, à la recherche de sensations et de reconnaissance.