1) Les mots pour le dire
2) La bande : rituels, organisations, territoires
3) Écritures et lectures du phénomène "Blousons noirs"
4) Musique, images, gazoline : la culture jeune
5) Les bandes de jeunes : des Apaches à la Racaille
Blousons noirs : 1) Les mots pour le dire
Pourquoi les Blousons noirs ? On peut se poser légitiment la question de savoir pourquoi et comment ce terme est apparu, surtout quil a fait flores et quencore aujourdhui, cinquante ans après, il reste gravé dans les mémoires.
Tout commence le 24 juillet 1959, deux bandes de jeunes se donnent rendez-vous au square Saint-Lambert dans le XVème arrondissement de Paris pour en découdre. La bagarre naura pas lieu, en revanche des incidents sont à déplorer dans le quartier (bris de glace, agressions de passants
). Les journalistes vont se saisir de ce fait divers, et de celui concomitant de Bandol (des jeunes en vacances font peur aux touristes) pour faire leur Une sur la criminalité des jeunes en bande et la dangerosité du phénomène.
En deux jours tous les quotidiens titrent sur la question, aucun vocable na encore la prime, on parle soit de « tricheurs » (évocation du film du même nom de Marcel Carné qui est sorti à lhiver 58), soit des gangs (référence aux États-Unis), soit de bandes de voyous, ou encore de J.V. (initiales signifiant « jeunes à vérifier » employées par la préfecture).
Cest à partir du 27 juillet à la suite de France-Soir que le terme Blousons noirs simpose, partant de la description des jeunes « 10.000 garçons (blousons noirs et polos rouges) » qui deviennent au fil des articles « les blousons noirs », terminologie reprise par le préfet Papon qui, dune certaine manière, le légitime. Cela sonne bien, cest évocateur et imagé, cest adopté ! Dès le 3 août 1959 et jusquà la fin de 1962 ces deux mots seront systématiquement synonymes de mineurs ayant commis des actes de délinquance.
Ainsi, comme ses voisins, la France a son qualificatif pour désigner sa jeunesse dite dangereuse. Le phénomène est en effet international, et chaque pays trouve des mots spécifiques pour décrire ses bandes de jeunes : des Vitelloni italiens aux Teddy Boys anglais en passant par les Taio-Zoku japonais ou les Skunna Folk suédois.
Les jeunes dailleurs eux-mêmes sidentifient à ces Blousons noirs et prennent vite lhabitude de surnommer leur groupe, ainsi sur le territoire de la Seine fleurissent des bandes répondant à de drôles de noms comme La bande Fauchman, La bande des quatre routes, La BRRJL (lire : Bande rebelle de la rue Julien-Lacroix) ou, plus prosaïque, La bande du gorille.
Ainsi naquit le Verbe
Les mots étaient trouvés, et en quelques jours le mythe est devenu réalité.